Masked Jackal - Seconde et dernière partie
Say

Aucune participation prévue dans les 8 semaines à venir.

Sa fiche

Masked Jackal - Seconde et dernière partie

Par Say - 05-11-2007 01:37:41 - 3 commentaires

Résumé en 10 mots de la première partie :  un jogger urbain solitaire est détourné par une mélodie envoutante.

 

********************************************************************************************** 

 

 

Je ne m'attends pas à découvrir un jeune virtuose tel que ceux qu'on croise parfois dans les concours d'accès aux burses des conservatoires ou même à un musicien professionnel. Même si l'accoustique excelle par son côté baroque, que feraient ils en ce lieu? Ils devraient cohabiter avec l'indifférence des revendeurs à la sauvette de cacahuètes grillées ou de répliques orientales de Tours Eiffel multicolores et de leurs clients grossiers qui sombrent dans la banalité d'une survie urbaine trop rapide et canibale vis à vis de leur médiocre existence.
"La vie n'est plus là extérieure à moi même [...], je suis dans la vie"
Cyril COLLARD

Si la musique a une âme, elle est également dotée d'un sexe.

 

On suppute à travers la sensibilité du touché des accords une approche qui ne peut qu'être féminine. Peut être une jeune femme à la recherche du son parfait? Plus probablement une artiste en herbe qui veut explorer une autre voie pour s'exercer hors des lieux communs pour ne retenir que la rondeur chaude des notes elles mêmes.
Cette expérience ne m'est pas inconnue. Je l'avais menée pendant mes longues années d'errance estudiantines. Sans elle et ce lien avec la vie, elles auraient été d'un terrible ennui. Je revois ce cahier de prises de notes vert qui renferme en annexe les annales des épreuves de mathématiques appliquées que j'ai égrené tel un hermite sur les marches de l'Opéra de Paris. La concentration, l'assimilitation ne proviennent pas du conformisme  du lieu où on exerceses piteux talents mais d'eux mêmes s'ils sont réels. Alors si l'incongruité de la position n'interfère pas avec le sens de la quête c'est que la voie entrevue n'est pas forcément mauvaise. Alors pourquoi la fuir dans une bibliothèque, un laboratoire, ou dans le cas de ma musicienne, une salle de musique isolé du monde?

C'est la curiosité de vérifier cette hpothèse qui m'a attiré au delà de la mélodie elle même. L'idée de se retrouver confronté un bref instant à une réplique de soi, ou au contraire se rendre compte qu'on s'est égaré depuis si longtemps. Ce moment qui pourrait être cruel de désillusion n'a même pas le temps de se faire craindre. Les dernières marches de la passerelle sont déjà un lointain souvenir, parti avec l'eau de la Seine, comme l'eau du bain.

Elle est ici.

Tenant d'une main son archer et de l'autre son violon calé contre son épaule et caressant sa joue. A ses pieds git l'étui de son instrument, comme une alcôve dans laquelle elle pourrait se réfugier. Ses doigts frêles semblent si fins mais leur vivavité trahissent la détermination de ses mouvements cachés dans une salopette rapiécées beaucoup trop grande pour elle mais qui a l'avantage de ne rien transparaitre de ses galbes. Elle est couverte d'un fichu violet qui a plus ou moins inconsciemment glissé pour laisser entrevoir une chevlure teinte de rouge vif. Avec les maigres pièces de monnaie qui gisent par terre, on aurait pu croire être devant un de ces tableaux pour touristes d'une gavroche avec une paille serrée entre les dents. C'est donc là la premire image qu'elle veut donner d'elle. Et il faut l'admettre, les passants s'y font prendre sans réfléchir : après l'étonnement de la qualité musicale , ils détournent tous leurs regards avec dédain, déçus que leurs rêveries ne soient qu'une gratouilleuse de de notes à la recherche d'un vulgaire cachet comme les joueurs d'accordéon du métro. Celui qui insisterait sincèrement serait par contre hapé par cette Lorelei touchante. Il aurait l'impression de découvrir un nouvel horizon ou tout du moins une perspective que lui seul aurait été capable de dénicher grâce à une sensibilité qu'il croierait plus élevé que la moyenne. C'est le propre de l'homme de sentir son égo flatté après un bien mince effort. Plus c'est grossier et visible, moins on le voit.


Car tout cela est faux. L'aléas de la disposition des pièces est trop parfait. Le patchwork de sa tenue respire les boutiques à la mode du quartier des Halles. Et surtout le jeu musical délié et détaché du brouhaha est au contraire en résonnace avec celui ci. C'est comme si elle se jouait du bruit et non pour le couvrir.

Ma présence a été perçue. Quelques notes m'ont paru claironner au milieu des accords avant de réintégrer la quiétude de leurs consoeurs. Elle a levé ses yeux sans bouger sa tête. Ceux ci me jaugent autant que je l'ai fait pour elle. Elle s'est déjà rendue compte que je n'étais ni de la maréchaussée ni une petite frappe à la recherche d'un menu larcin qui doivent être ses deux principales préoccupations quand à la pratique de sa passion en ce lieu. Je n'ai même pas l'impression d'être un vieux satyre par rapport à sa jeunesse car sous son costume de camouflage, elle ne doit pas me rendre plus de 5 à 7 ans.

Face à face à quelques dizaines de centimètres maintenant, nos regards ne peuvent plus que se vriller et aucun de nous n'a l'intention de baisser le siens. Tels deux boxeurs, nous conservons nos gardes hautes. Je n'ai aucune envie de lui parler, et pas non plus le désir qu'elle s'arrête de jouer un seul instant. Sa défense est terriblement imperméable car elle renvoie une telle profusion d'informations superficielles qu'il m'est impossible d'en faire le tri. Malgré tout, de son iris jusqu'au moindre pli autour de ses yeux, aucune émotion ne transparait. Qui est elle? C'est la seul chose que je veux savoir pour m'en aller ensuite. J'ai dû penser trop fort et je devine mon reflet dans ses yeux. J'ai moi même quitté mon expression habituelle sans vie de squale. Elle a perçu cette poussière de seconde où on ne s'abrite pas derrière ses masques. Sa réponse est instantanée et bien que déroutante, la plus appropriée qui soit : elle rit. Bien sûr, ses lèvres n'ont pas esquissé le moindre rictus mais ses pupilles se vertes se sont rétractées tandis qu'une léngère ondulation est apparue sur son front. Elle a gagné, je lui rend son sourire en me détournant doucement d'elle, mon index barrant mes lèvres. On s'est compris. Nous n'avons pas besoin d'en savoir plus l'un sur l'autre.

Je reprend ma course dans la direction opposée. Je sais que quelque soit le moment où je repasserai par là, elle n'y sera plus. Mon lecteur de musique déverse de nouveau des flots de paroles hargneuses et j'avance les pistes pour écouter cette chanson du groupe CORONER qui a pour titre "Masked Jackal".

Billet précédent: Interlude pour vous faire patienter
Billet suivant: Saleté de pigeon!!!

3 commentaires

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 05-11-2007 à 10:38:48

Toi aussi, tu es atteint du syndrome du Khanard ! On va pouvoir tenir un salon littéraire à Kikouland bientôt ! Bon, j'ai écouté le morceau sur Youtube, c'est bien costaud comme ritournelle !

Commentaire de Khanardô posté le 07-11-2007 à 10:25:53

On ne voit bien qu'avec le coeur. Encore faut-il savoir écrire pour le faire partager... Merci Say...

Commentaire de béné38 posté le 09-11-2007 à 22:01:31

Belle rencontre Coli... ça valait le coup d'attendre...merci

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Aide - Contact - Mentions légales - Version mobile - 0.44 sec - 120691 visites