KikouBlog de Say - Décembre 2007
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Seule la première fois fait mal...

Par Say - 12-12-2007 00:55:43 - 3 commentaires

"Il n'y a que les premiers coups qui font mal. Ensuite, on s'habitue à la douleur"

Cette phrase est d'une haute stupidité car à vrai dire, tous les coups me font mal ce soir. Chacun s'accompagne de son écho de brissure du mélange de cartillages et d'os malmenés. Et je dois avouer que je suis bien content d'avoir suggérer à Karine de porter des baskets pour venir au concert. Si elle avait mis ses rangers coquées, je ne serais peut être plus là. 

Je suis allongé en position foetale protégeant tant bien que mal mes points vitaux comme on m'a appris à le faire, et elle s'acharne sur moi pendant que j'essaie de reprendre le souffle qu'elle m'a coupé en m'assénant son premier cou dans la gorge...

 

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Quelques heures plus tôt

 

"- Viens s'il te plait! Yann est ton meilleur ami alors fais ça pour lui! 

- Mais pourquoi moi?

- Parceque mes parents détestent Yann, ils le trouvent sans intérêt et pas fiable alors que je suis raide de lui. Pascal et Schwarzy leur font peur. Quand à Virginie, elle ne saura jamais mentir aussi bien que tu le fais. Donc si je veux venir avec vous ce soir, il faut quelqu'un qui rassure mes vieux.

- Merde Karine, c'est bien parce que c'est vous deux. "

 

Quelques paroles d'ados échangées, de petits stratagèmes innocents. Et me voilà en train de raconter à ses parents avec le plus bel aplomb du monde la soirée culturelle auquelle leur fille est conviée. Bien entendu, je promets faussement que j'assurerai personnellement sa sécurité et que je la remènerai avant minuit. Nous irons manger dans un restaurant tenus pas des cousins dont je pourrai donner l'adresse. Que des boniements, du vent... La vérité est que leur fille est invitée dans notre groupe de punks, qu'on se trouve être des ados livrés à eux même, sans limite qu'une forme de moralité qui se rapproche plutôt de la loi du plus fort et d'un esprit de clan.

Mais c'est vrai que je n'étais pas particulièrement chaud pour accueillir Karine dans le groupe. Yann a beau être son copain, elle n'est pas comme nous. Certains sont de véritables montagnes de muscles, d'autres des vicieux qui utilisent autant leur cervelle que leurs mains pour obtenir ce qu'ils veulent, et la seule féminine du groupe, Virginie dissimule une force de caractère peu commune sous des airs lunaires. Là, ce n'est pas un loup qu'on fait entrer dans la bergerie, mais un agneau au milieu de la meute. Yann l'aura voulue, qu'il s'en débrouille maintenant avec elle. Ca fait 4 mois que j'attends de voir Suicidal Tendencies et Anthrax et ce soir, ils partageront la même scène. Elle ne me gâchera pas mon plaisir.

Comme d'habitude, je me colle à la barrière devant la gauche de la scène. Devant la fosse, le nom donné à l'espace entre les gradins et la scène. Et il faut dire qu'étant donné les pogos et autres bastons, ça porte bien son nom. C'est notre place et les 5000 autres personnes du Zénith n'ont qu'à s'en chercher une autre ou venir nous la disputer. Des têtes connues viennent nous saluer, un peu pour tâter notre humeur du jour, pour voir s'il va y avoir des étincelles ce soir et s'il faudra éviter notre coin. Ils repartent rassurés, on est venu pour la musique ce soir. 

Début du concert, C'est ST qui ouvre. Mike Muir nous gratifie de son jeu de scène sobre mais terriblement vibrant : il est entier et même si elle manque singulièrement de coffre, sa voix s'insinue dans les sillons creusés par son guitariste qui nous vrille les tympans avec délice. Sobre, efficace, pas de "ho yoyo", ni de "I can't hear you Paris!!". Je suis aux anges, réellement détendu. C'est rare et trop court. Anthrax prend le relai. On change de registre et la frustration me rendurcit. La musique est moins léchée, Joe Belladonna fait le pitre et avec Charley nous font hurler de rire sur "I'am the man", un morceau de rap version harcore. J'ai perdu le groupe de vue. Pas grave, je sais qu'ils sont là. On se retrouve toujours où qu'on soit. 

La salle est surchauffée maintenant, 3 ou 4 slam diving ayant usé ma résistance physique, j'ai terriblement soif. Je rejete le join qu'on me propose (ça ne désaltère pas), la bière douteuse entrée illégalement aussi, je ne connais pas ces gars et je n'ai donc aucune confiance en eux Je veux juste de l'eau. Les toilettes sont à l'arrière de la fosse. Il va falloir que je la traverse. Toujours personne du groupe aux alentours. Où sont ils? Je les retrouverai dehors au métro au pire des cas. De toute façon, je fais plus peur à voir que les crétins qui oseraient me braquer. 

 

"War Dance!!!!" Non, pas ça!

C'est l'appel à la formation de cercles de mosh où des hardos défilent tels des indiens en courant à toute allure et dégommant tout ce qui pourrait se trouver sur leur passage. Sauf que je suis en plein milieu de l'un d'entre eux et que je suis très fatigué. C'est curieux, je ne reconnais pas les types autour de moi. Qui peut bien porter cette ceinture à clous au bout de la main? Qui fait tournoyer cette chaine de vélo dans les airs? Tout simplement parce que ce ne sont pas des hommes, mais des femmes. Crétin, tu es au milieu d'un groupe de femmes qui déteste les hommes et tu vas morfler. J'esquive les coups sans riposter, je n'en ai as envie ce soir et puis, je suis le gentil du groupe normalement. Elles sont de toute façon trop lentes et je crois que je vais atteindre la sortie sans encombre...

Qui vient à ma rencontre? Le visage et l'allure me sont familiers. Ah Karine, ou bien sûr. Ses yeux bleus et sa longue tignasse blonde frissée qui retombe sur le tshirt noir de Metallica que j'ai offert à Yann pour son anniversaire. Je lui souris tout en restant vigilant aux furies autour de moi. Enorme erreur. J'aurais du voir plus tôt qu'elle avait ses pupilles fixes et dilatées : elle a pris un truc et ne sait même plus qui je suis. Elle m'assène alors un coup de poing mal dosé sur la gorge. Elle devait viser ma tête mais l'effet a été quasiment le même : je me retrouve par terre, à la différence que la force n'était pas assez importante pour m'assommer.

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Retour au présent

Combien de fois m'a-t-elle asséné une délicate attention au ventre et aux côtes avec ses runnings? 5, 6, 7? Je ne sais pas. Mais quelle que soit la douleur, elle m'a donné un répis pendant lequel mon agresseur s'est épuisé à me taper dessus. Des coups, je m'en prend 100-120 à chaque entrainement, ceux là ne sont rien. Quand j'aperçois sa semelle qui se dirige vers ma figure, mes mains se libèrent alors de leur rôle protecteur pour l'attraper. Je la tiens. Malgré la musique, je l'entends crier pendant que j'effectue une rotation sur moi même au sol en bloquant sa jambe. J'ai le temps, alors je la cloue au sol avec mon poing fermé qui s'arrête sur son visage. Les autres amazones reculent et s'écartent. Je me relève et je porte Karine endormie sur mon épaule. Je ne l'ai pas frappée, elle s'est évanouie sous l'effet de la drogue qu'elle a prise et j'ai retenu ma frappe à temps.

J'arrive enfin aux toilettes face à la sortie avec mon paquet de linge endormi sur l'épaule. Je me penche pour boire cette eau au robinet que j'ai eu tant de mal à atteindre. Le poids endormi de Karine se fait plus léger tout à coup. Que se passe t il? Elle se réveille déjà? Va t il falloir que je la ramène à ses parents toute chiffonée? Non, c'est Schwarzy, le plus fort d'entre nous qui m'a retrouvé. Il la porte aussi délicatement qu'un ours de son gabarit peut le faire. Il rigole, car c'est lui qui a fait peur aux folles tout à l'heure. Ma vision était tellement embuée de mon propre sang qui coulait sur mes yeux que je ne l'avais pas vu. Allez, le concert est fini pour nous. On s'en va. 

Plus tard, on décidera de ne plus se quitter de plus de quelques mètres et surtout de ne plus prendre de novices dans nos virées. Ils se tapent n'importe quoi, sous prétexte de rendre la fête plus belle. A cause de ça, j'ai râté la fin de mon concert, à cause de ça j'ai été obligé d'engueuler mon meilleur ami. Et quelques mois plus tard, je perdais le fil de notre amitié. J'ai grandi ce jour là, et j'ai laissé les mômes à leurs conneries.


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